"Princesse" c'est ce mot que je ne t'ai pas dit, que j'ai oublié de te dire, que je te dis en retard, que je devais te dire, qu'il faut que je te dise et que tu sais à présent que
j'aurais dû te dire. Ce mot ne pouvait et ne peut se dire dans l'artifice, ce mot est sacrée, ce mot est le tient à présent, à défaut d'avoir été le mien... Il efface tout pour simplement te
recouvrir d'amour, et s'il ne recouvre ni n'efface rien, c'est que tout est déjà recouvert et effacé. Au moins il te rend justice et ne prétend pas être prononcé par autre chose qu'un homme de
passage, une poussière envolée ci et là dejà au grés de vents...
De l'autre côté de ma fenêtre n'est pas Haîti. je suis debout respirant fort, en larmes, de la même composition que tous les Haîtiens, pas au même lieu, pas né à cet endroit du monde, Si la culture est une respiration universelle, les frontieres, les differences, n'ont plus de sens dés lors qu'on enferme dans la misère. Il y a un moteur à hisser par le haut, à partager la possibilité de la joie. De nos gênes nous ne devrions pas tasser la dette. Les architectures et vers du poête de ta ville trahissaient le vide dans ton ventre et entre tes doigts. Petite fille de trois ans, tu résistais, dans la rue, ton coeur battait, ta maman priait, tu étais à terre. Ton papa aussi aura baucoup souffert. Je suis aussi un papa pour toi l'espace d'un monde. Julie t'embrasse, fort, elle sera au bout du fil pour toi. La misère, alors, sera devenue moins abjecte.
Le long fleuve de la vie humaine porte les stygmates de la question de l'amour. "Suis-je aimé(e)?" Question peut-être plus nécéssaire et vitale pour les uns que les
autres. Question d'urgence ou de présence, posée sous diverses formes, manifestée par intermitences, durant l'enfance, l'adolescence, la souffrance, et tant qu'il y a du sens, ce fleuve porte les
réponses, et il se creuse parfois la tête sur des kilomètres avec la question de l'être. Mensonge que de dire que la vie est un long fleuve trenquille. Il y a les répétitions et les oppositions,
et la question "veux-tu avancer, là, ici, avec moi?" Biensûr il y a toujours les manques de confiance en soi. A l'epoque, à ta vitale question ont été fournies des réponses de principes, les
calins c'est quand elle en avait envie. Et alors pour qui, pour quoi? Quel spectacle que ce tourbillon intermitent d'echecs, d'incompréhensions de signes, ceux de cette mère déchaînée, qui
signifient, son coeur, son âme, rien que ça. mais face au père qui ne l'entend. Mais ce n'est pas la fin du monde, c'est juste, apparament, un de ses statiques instants. Et puis il y a le déni et
son contraire. Certes aussi la dualité. Le sourire, pour respirer, le rire pour changer d'air, le soupir pour se plaindre, les cris pour s'en sortir. Tu es né ici et d'ailleurs ainsi. Il y a la
terre, l'eau et l'esprit. Et ce fleuve forme, dans l'attente, des statuts d'argile, on y fabrique des dieux, de grands feux? Certes, pour s'embraser. Y découle plusieurs niveaux de souffrances et
d'interprétations. Il y a de quoi pleurer, de quoi se sentir chanceux. Il y a l'art, pêle-mêle, la douceur, la lassitude, les circuits fermés, je ne sais pas nager. Le monde ouvert du courrageux,
les armes du moyennageux. Il y a les mondes engloutis, la durée de vie neurale et le bonheur à faire craquer le coeur. Il y a tout, mais, après vous, je n'en ferais rien, je vous en prie. Il y a
les âmes délaissées, les âmes lassées, l'amour des âmes émergées, enlassées. Et, au dessus, s'endormant pour se reposer, dans les cieux des coeurs, les âmes naufragées. Larmes, douceures, la vie
ne serait-elle pas plutôt un torrent trenquille?
